Bijou Oedipien

Bijou Oedipien

Bijou OedipienJe ne veux pas d’une passion, de Diane Brasseur aux éditions Allary (2015).

L’un des petits trésors de l’année passée !

« Je ne veux pas d’une passion, il a posé sa tasse sur la soucoupe. Il n’a pas déchiré le sachet de sucre, il ne l’a pas mis dans son café, il n’a pas mélangé le tout avec la petite cuillère en inox, il boit son café noir et il ne veut pas d’une passion. Il le répète, il le martèle avec de toutes petites variations dans le débit ou dans l’intonation. Il n’appuie pas toujours sur le même mot, un coup le pas, un coup passion, un coup le je. Parfois il ajoute un mot et dit : Je ne veux pas vivre une passion. »

La narratrice nous invite à revisiter son histoire d’amour qui se termine et lui fait mal. Elle se raccroche à ses rassurants souvenirs d’enfance : ils la réparent, l’aident à supporter cette atmosphère de finitude, à vivre l’entre-deux que chaque être humaine embrasse par choix ou par dépit, et qui marque la fin d’une relation. Diane Brasseur, jeune auteure et aussi scénariste pour le cinéma, propose un mouvement de va-et-vient intéressant dans son écriture. Le présent entre en forte résonance avec le passé et la relation vécut avec le père. Une enfance heureuse, parsemée de moments qui réchauffent la narratrice, à présent démunie et seule, larguée dans un café.

Une narration limpide, un style précis, des phrases courtes : un ensemble qui peut faire penser à Nathalie Sarraute et son Enfance qui faisait « surgir quelques moments, quelques mouvements qui me semblent être intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve (…) ». Les mouvements intérieurs de l’enfance font écho à cette histoire d’amour qui s’étiole. Traduire ces mouvements demande une écriture plus ralentie, comme lente, afin de laisser s’exprimer la petite fille. La narratrice se dédouble, comme Nathalie Sarraute, et ce dispositif amène en partie l’originalité de ce roman, qui, sans cette compréhension, pourrait manquer de tempo.

J’aurai aimé poser des questions à l’auteure sur le titre (et sa négation), prononcé plusieurs fois par le personnage masculin, ce compagnon qui s’en va, et qui entrave la narratrice autant que son Oedipe lui colle à la peau. En cet hiver encore un peu rugueux, immergez-vous dans Je ne veux pas d’une passion.

Je ne veux pas d’une passion, de Diane Brasseur aux Editions Allary (2015)

https://www.allary-editions.fr

 

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