Danse d’atomes d’or, Olivier Liron

Danse d’atomes d’or, Olivier Liron

Un bon en arrière aujourd’hui sur La Préface Cachée ! Avec la démesure propre à la fougue et à la détermination du chef d’orchestre, Olivier Liron nous offre son interprétation d’Orphée et Eurydice. Pas l’Opéra classique. La variation de Pina Bausch, colorée, puissante, où la passion dévorante de deux êtres qui n’incarnent peut être pas tout à fait ce que l’impression des premiers instants leur laisse croire.

Le protagoniste, O. – Orphée ? Olivier ? L’auteur ne cache pas que le récit est librement inspiré de son histoire et un jeu de prénoms sert aussi l’intrigue – parisien trentenaire, croise Loren, jeune femme acrobate, au cours d’une soirée. L’attraction est réciproque et la faim amoureuse s’abat sur eux comme la chaleur sur la grève. La fièvre monte dans les rues de Paris où ils dansent les premières notes de leur amour. Ils s’aiment, se lient, se délient, au son d’une musique qui ne tarit pas au fil des jours. Quand Loren disparaît.

Du jour au lendemain. Sans rien dire. O. éprouve alors la douleur silencieuse de la brutale rupture : « Où éprouve t’on vraiment la disparition ? Je veux dire à quel endroit éprouve-t-on vraiment la disparition, l’absence de quelqu’un dans notre vie ? Comment connaître tout à fait la place, le volume que prend cette absence ? ». O. se lance à la recherche de Loren, interroge ses collègues, sa famille, à l’affût du moindre détail. Il ne sait pas comment vivre sans elle, comment habiter les rues d’un Paris où tout lui rappelle sa présence. Aux portes de l’enfer, vivre sans Loren est un supplice qu’il interroge. Comment avancer sans se retourner ? Comment retrouver la lumière quand rien ni personne n’indique le chemin de la vérité ?

Et le miracle se produit ! Une lettre arrive dans la boite aux lettres d’O., le 18 décembre 2013. Elle coupe court à toute imagination et donne la route à suivre. « Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage » indique Olivier Liron en empruntant les mots du poète Henri Michaux.

« La promenade » le mènera sur les routes normandes où, avec l’aide d’un ami, il rencontrera artiste, aubergiste et enfin la grand-mère maternelle de Loren, qui lui remettra un journal intime. Le journal intime de sa reine, l’être aimé. Il nous livre : « Et moi, j’avais au cœur un pays fragile, j’étais pour toujours l’habitant de ton pays, mon amour, j’avais ta voix au cœur, le petit tintinnabulement de ton rire que j’entends toujours aux heures de grande pitié pour ne pas en perdre le vivre (…) ».

Voilà que la partition de Danse d’atomes d’or s’emballe. Le lecteur pénètre un nouveau style, plus habité de poésie, incarné par la jeune Loren qui expose son rapport à la vie, et surtout à la mort qui point sur les routes de la Havane. Loren/Eurydice qui ne reviendra jamais des enfers ? Ou Loren/Orphée qui part sans se retourner ? Le doute peuple les mythes. Loren embrasse une interprétation moderne du conte. Sa danse intérieure, consignée dans son journal intime, permet à Olivier Liron d’offrir les plus belles pages à ses lecteurs.

Magnifiques pages dont la forme tranche subtilement avec le reste de l’ouvrage. Loren, rattrapée par la mort, n’a plus d’autres choix que de partir. Partir et rompre ses liens, pour renoncer ? Pour s’envoler, enfin – et pour quelques instants encore – vivre libre de toute entrave. Elle cherche la chaleur du soleil pour éprouver son corps délié, sensuel et précieux. Loren « danse sa vie » comme Isadora Duncan jetait ses bras vers le ciel. Comme les danseurs de Pina Bausch interprètent le Sacre du Printemps. Empruntant à Nietzsche « Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde. ». Et la raison de cette danse, illuminant les dernières pages du roman, est la rencontre de la lucidité à l’approche de la mort. La joie qui s’empare de l’être qui flaire la menace des instants comptés. Une métaphore et ode à la vie pleine et entière, à l’amour de soi, à l’amour des autres et d’O. à qui Loren laisse ses écrits.

Un très beau roman au titre qui laisse libre l’interprétation du lecteur ! La fougue d’un jeune auteur qui couche sa mélancolie sans perdre son élan ! L’élan de la jeunesse, de la dysharmonie des premières pages, aux références brouillonnes, jusqu’au lyrisme de Loren, le foisonnement d’un 1er roman réussi ! Et plus encore, entrez dans la Danse d’atomes d’or et appréhendez votre rapport au monde. Une fulgurance !

À noter que l’auteur participe aussi, avec succès, à la rentrée littéraire 2018 avec son nouvel ouvrage Einstein, le sexe et moi (Alma, 2018).

Danse d’atomes d’or, d’Olivier Liron aux éditions Alma (2015).

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