De l’Histoire comme un polar

De l’Histoire comme un polar

De l’histoire comme un polar, La déposition de Pascale Robert-Diard aux éditions l’iconoclaste (2016).

Je voudrais inaugurer ce 1er post avec un des mes coups de coeur de l’été ! Polar ou documentaire … ? Dans la sélection des livres du Grand Prix Littéraire de ELLE, une pépite d’or : La déposition, de Pascale Robert-Diard. Un ouvrage passionnant relatant une histoire vraie dont les plus jeunes lecteurs auront peut-être du mal à se souvenir.

La déposition est l’histoire d’une jeune femme de 29 ans, à qui tout réussi, Agnès Leroux. Héritière du casino niçois « Le Palais de la méditerranée », elle disparaît mystérieusement un jour de Toussaint 1977. Quelques mois avant ce drame, Agnès Leroux trahit les siens par amour pour un avocat local de renom, Maurice Agnelet. Elle vend ses parts du casino au principal concurrent de son clan, Jean-Dominique Fratoni, dont les affaires sont effectivement gérées par Maurice Agnelet. Ce dernier apparaît rapidement comme l’accusé idéal. Deux familles, moralement soudées, se déchirent alors pendant plus de 37 ans. Tous les ingrédients d’une tragédie moderne sont réunis : argent, manipulation et emprise, mensonges, auxquels s’ajoutent enfance troublée, excès des hommes et passion pour une femme qui tente de s’extraire du poids du schéma familial.

L’histoire d’une famille et de son chef de clan, Maurice Agnelet, avocat dont l’attirance pour le sexe opposé est largement reconnue. L’homme qu’on aimait trop, incarné par Guillaume Canet, dans le film présenté par André Téchiné en 2014. Il plaît aux hommes et il aime les femmes, sans aucune limite, jusqu’à partir avec sa dernière maîtresse et les 2 millions de francs laissés par Agnès sur leur compte joint. L’une des maîtresses de Maurice Agnelet lui fournira un alibi pour la nuit du 27 octobre 1977 puis reviendra sur ses propos. Dépositions, contre dépositions, renvoi en appel, non-lieu, etc. Trois procès jalonnent cette histoire romanesque. Au cours d’un ultime rebondissement à Rennes, le 11 avril 2014, Maurice Agnelet est condamné à 20 ans de réclusion. Le corps d’Agnès Leroux, fascinante amante présente en filigrane, n’a jamais été retrouvé et Maurice Agnelet a peu parlé durant toutes ces années. Mais « peu parler » n’est pas « ne pas parler » et une phrase froidement lâchée par Maurice Agnelet à son fils Guillaume, par deux fois à quinze ans d’intervalle, aura permis au doute de s’immiscer : « Tant qu’ils ne retrouvent pas le corps, je suis tranquille, et moi, le corps, je sais où il est ».

L’angle choisi par Pascale Robert-Diard est une nouvelle lecture de l’affaire par les protagonistes de la famille Agnelet. Et spécifiquement par Guillaume Agnelet sans qui l’ouvrage n’existerait pas. Il entre en contact avec la chroniqueuse judiciaire du Monde et, dans un témoignage saisissant, se libère de sa toxique famille et dépose contre son père, détaillant ce qui l’a amené à la certitude de la culpabilité de ce dernier.

Nous sommes vite embarqués dans cette histoire séquencée de multiples épisodes. L’ambiance de l’enfance de Guillaume Agnelet, baignée par les amants et les maîtresses de son père, les caractères ambitieux des personnages principaux, le détail de leur cheminement, laissent peu de place au doute et nous prennent de vitesse. Guillaume Agnelet n’échappe pas à la manipulation du père et la vie des adultes dévore littéralement ce jeune enfant pris entre conflit de loyauté et justice morale. L’écriture de Pascale Robert-Diard est claire, rapide, vive et vous entraîne comme si vous étiez vous-même spectateur de ce récit dramatique. Un documentaire comme un polar passionnant où les faits, pas uniquement les faits, sont présentés. Une certaine émotion de la journaliste est palpable. Elle a été choisie par Guillaume Agnelet comme médiateur et elle assiste à la déposition libératrice de cet homme qui s’est mis à dos les derniers acteurs de cet incroyable mensonge familial. A distance, elle reconnait à Guillaume Agnelet le plus grand des courages : l’extériorisation de ses luttes intestines. Seule façon de parvenir au témoignage bienfaiteur. Car chaque homme a le droit à la banalité de la vie et au silence. Mais Guillaume en décide autrement, suivant la superbe phrase de Nietzsche introduisant le dernier chapitre « ce que le père a su, le fils le proclame ». En attendant, la disparue se meurt encore.

L’auteure : Pascale Robert-Diard                                                                                                                                                            Entrée au journal le Monde en 1986, Pascale Robert-Diard a été journaliste politique. En 2002, elle prend en charge la chronique judiciaire. Elle suit toutes les grandes affaires judiciaires, procès d’assises, scandales politico-financiers, mais aussi le quotidien de la justice ordinaire, des tribunaux correctionnels, des comparutions immédiates et des chambres civiles. Ses chroniques du procès Elf lui ont valu le prix Louis-Hachette en 2004.

Retrouver ses publications sur son blog : http://prdchroniques.blog.lemonde.fr

La déposition de Pascale Robert-Diard. Editions L’iconoclaste, 2016.

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