Femme de courage

Femme de courage

Femme de courage, Les portes du néant de Samar Yazbek aux éditions Stock (2016). Prix du meilleur livre étranger 2016.

Samar Yazbek est journaliste et écrivaine syrienne, une des figures courageuses, et voix de l’opposition au régime de Bachar Al-Assad. Meurtrie depuis son exil en France, elle atteste dans cet ouvrage de la violence et de la furie, durablement installées en Syrie, et des conséquences de la guerre civile. Un texte engagé, courageux, qui ne traite pas seulement de politique mais aussi du quotidien d’enfants, de femmes et d’hommes exsangues, priant pour retrouver la normalité de la vie.

Autant être honnête : le récit est difficile à lire, c’est une claque ! Au delà des images que nous recevons sur nos antennes, c’est le réel qui surprend et nous happe. Et le réel en Syrie est insoutenable : viols, assassinats, obus, mutilations, etc. Samar Yazbek se sent en incapacité et inutile en France, paralysée par l’inaction : « Évoquer ce qui se passait, semblait absurde et frivole. Mes doigts se paralysaient, mon esprit se figeait. Ce blocage, cette paralysie, m’empêchaient de reprendre mes notes, de plonger dans mes entretiens. Impossible de me débarrasser de ce sentiment de futilité. »

Pour elle, les mots ne sont plus à la hauteur, et la sévérité de la situation ne devient tangible qu’aux frottements de la terre. Rongée par la tombe sécuritaire que représente l’exil, elle (re)part en Syrie en 2012, sur la route qui mène à la région d’Idlib, (nord-ouest de la Syrie). Se faufilant dans un trou creusé sous des barbelés, elle franchit la frontière turque, où l’attende deux frères d’armes rebelles : Maysara et Mohammed. Elle n’aura alors de cesse d’aller et venir, entre une maison de famille abritant des réfugiés de tout âge, formant une famille fortuite et spontanée, et ses expéditions clandestines au plus près du tragique des combats. Elle observe, retranscrit chaque combat, chaque scène : greffier de guerre. Elle s’engage dans des missions humanitaires, se met à la portée du vivant, de ce « peuple fantôme », et se fait voix de quelques medias encore en place.

Portée par la résistance, les regards vides, la vie reprise à chaque seconde, enjambant les cadavres, elle frôle le danger pour donner minutieusement corps à son témoignage qui pourrait devenir testament. « L’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe à fragmentation ne se transmet pas par le biais des photos et des vidéos diffusées par les militants qui sont en vie et capturent les événements par l’image. Où est la puanteur ? La panique dans les yeux des mères ? Ce bref moment de silence et de choc après chaque déflagration ? »

Je suis infiniment reconnaissante à ces auteurs qui ouvrent de nouvelles perspectives sur des conflits si proches. Des manifestations civiles pour la démocratie à la création de l’armée syrienne libre, peu préparée face aux troupes surarmées du régime, Samar Yazbek appelle à la conscience du fait qu’à quelques milliers de kilomètres, la valeur d’un homme n’est plus rien et la survie est la loi du quotidien. Un témoignage fort, engagé, bouleversant … Un témoignage qui compte !

Les portes du néant, de Samar Yazbek aux éditions Stock (2016).

 

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