La cause humaine

La cause humaine

La cause humaine, Surtensions d’Olivier Norek, aux éditions Michel Lafon (2016). Prix Le Point du polar européen 2016.

Parlons polar ! Rare et donc savoureux. Après Hervé Commère, c’est au tout aussi sympathique Olivier Norek que j’ouvre une page avec Surtensions, en lice pour le Grand Prix des Lectrices ELLE.

Nous sommes dans le 93: Victor Coste est le chef du groupe crime 1 de la Police Judiciaire de Saint-Denis depuis plus de quinze ans et il vient de perdre un de ses hommes. Coste veut tout arrêter! Et pourtant, il est clair dès les 1ères pages, que cet évènement brutal ne passera pas, que Victor Coste fait partie de ces hommes prêts à en découdre lorsqu’il s’agit de son équipe. Coste est en surchauffe, au point de rupture! L’auteur commence alors à tisser un réseau d’histoires parallèles et mène plusieurs enquêtes.

Nous entrons dans l’univers carcéral de Mareuil, une des plus importantes prisons d’Europe. Une prison, comme un personnage à part entière: vivante, brute, en souffrance, sous tensions, etc. L’auteur puise dans son expérience personnel pour traiter du réel d’un monde incompris, délaissé, pour lequel notre société a en partie baissé les bras: surpopulation, manque d’hygiène, passage à tabac, viols, menaces imminentes, corruption, etc. Une montée en puissance de la violence au sein d’un système où la loi du Talion est encore le dernier conseil à donner. Entre pressions sociale et politique, les détenus vivent au sein d’une société recréée aux règles mouvantes. Des petites frappes entrent à Mareuil pour un étrange casse, et ne sortiront pas indemnes. L’une des qualités du récit est l’évolution des personnages. Le profil classique de chacun va s’effacer pour laisser la partie la plus trouble d’entre eux se dévoiler. Coste n’est pas le seul en Surtensions et sa route croisera un braqueur, un kidnappeur, des assassins, un ex-légionnaire, etc.

Un polar dense et très bien écrit! Olivier Norek use des codes du milieu à la perfection: il a lui-même travaillé de nombreuses années pour la PJ du 93 et met un point final (?) magistral – et émouvant – à une trilogie débutée avec Code 93. Il dénonce la situation explosive de nos prisons et la complexité du système judiciaire français. L’auteur s’attache également à percer jusqu’au cœur des hommes, à faire tomber le vernis social et à garder la matière brute de chacun. N’avez-vous pas remarqué que, en situation d’urgence, chaque être humain révèle une tout autre personnalité? Différente de son quotidien? L’essence même. Que reste t’il après avoir retiré les couches de non-dits et la culpabilité ? Coste s’interroge, doute et progresse: il n’a rien perdu de son humour. Il est attachant, presque philosophe, il passe au-dessus de ses instincts. « Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même », disait Nietzsche, et Coste s’est profondément métamorphosé tout au long de la trilogie. Comme son auteur? Dans Surtensions, un engagement, non pas nouveau, mais plus fort d’Olivier Norek, un accès plus humain et donc plus attachant. Un excellent polar où le collectif prime : passez votre chemin si vous attendez des policiers esseulés et sous antidépresseurs. Ici, le groupe est la survie !

Surtensions d’Olivier Norek, aux éditions Michel Lafon (2016). Interview de l’auteur à retrouver sur le site de l’éditeur.

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