La tendresse du crawl, de Colombe Schneck

La tendresse du crawl, de Colombe Schneck

Quel joli bijou que nous a offert Colombe Schneck au printemps dernier avec La tendresse du crawl. L’histoire d’un amour qui vient de nouveau embrasser l’auteure dans une auto-fiction. Et c’est une réussite !

Nous retrouvons Colombe Schneck en proie à un hiver amoureux. La solitude ne comble pas cette période, emplie de rencontres éphémères : « J’avais connu une succession d’hommes, pourtant je passais davantage de temps à imaginer l’amour, qu’à le vivre. J’avais si peur de la réalité. » Le réel prend forme sous les traits d’un musicien au beau prénom de GabrieI. Il n’est pas inconnu à Colombe, croisée à l’adolescence, et le hasard les réunit à l’aube de la cinquantaine, tout en douceur, comme on entre pudiquement dans l’eau. Nos deux protagonistes se réaniment, se réchauffent : les gestes ne s’oublient pas même s’ils ne sont jamais tout à fait les mêmes. L’amour est là !

L’amour ne se vit jamais deux fois de la même façon : il se réinvente à force de détails, d’évolution des jeux, d’une présence nouvelle à l’autre. Gabriel se conjugue au présent : « J’ai photographié le lit défait après l’amour. Je voulais garder des preuves que cela existait pour de vrai, les hautes fenêtres sur le jardin, les boiseries dans la salle de bains, le lit immense, son corps. Les chagrins passés prenaient un sens, ils aboutissaient ici. »

Malgré le concret des gestes et des attentions, les doutes restent les mêmes. L’âge ne minimise pas la peur de l’abandon, le manque de confiance, le profond trouble quand la rupture claque la porte et vous laisse exsangue. Les tremblements sont parfois rassurés par un appel et les messages ambigus qui encombrent désormais nos téléphones, comme l’on pourrait dire nos vies, ne font qu’alimenter un imaginaire souvent infertile : « Le sexe est un jeu sans fin, il connaît d’infinies variations d’être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose des règles nouvelles, j’accepte avec joie. J’atteins une destination qui m’était, avant lui, inconnue. Parfois, la peur revient. »

Dans La tendresse du crawl, l’amour est inséparable de la parole. La parole permet de démystifier l’amour, de laisser vagabonder la peur, et diminue les angoisses. Le chaos des sentiments prend forme par la parole. Pour Colombe, aimer est parler, aimer est écrire, comme la concrétisation d’un nouveau moi enfin libéré grâce à l’autre. Totalement libéré ? Reste le vacarme des expériences passées. L’amour peut-il vivre de lui-même, pour lui-même ? Délié et sans encombre ?

Le discours amoureux témoigne de la fascination exercée par Gabriel. Colombe est « tellement prise par l’histoire » que ce couple invente, qu’elle en oublie le goût du présent. « Nous jouons à la famille » comme nous jouons à l’amour. Elle fragmente le temps passé ensemble comme elle fragmente ce texte en de micro scénettes auxquelles le lecteur n’a aucun mal à s’attacher. L’amour, ou la maladie d’amour, que personne ne peut soulager, est l’un de sujets les plus partagés. Seul le crawl vient rompre le malaise et permet à Colombe de retrouver une forme de conscience à travers le corps. Combien de fois vous a-t-on parlé de ce retour à la liberté par la nage ? Sensation indéfinissable et encore universellement partagée. Le bienfait de l’eau sur la peau, le miracle du mouvement sur les articulations, l’énergie retrouvée.

La musique de ce court ouvrage, à l’écriture qui habille de manière si belle cette histoire, fonctionne comme une multitude de sonates, toujours gaie. Colombe Schneck transmet à ses lecteurs la joie des femmes de cinquante ans qui n’oublient pas que l’amour est un élan essentiel à l’Homme. Elle tente encore et toujours l’amour ! A travers Gabriel, elle libère une partie plus lumineuse et plus singulière d’elle-même. Au fil des années, elle s’était oubliée et respire de nouveau. A défaut d’avoir trouvé l’amour, Colombe Schneck renoue avec le charnel. Bon été à tous !

La tendresse du crawl de Colombe Schneck publié chez Grasset (2019)

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