L’amour dure toujours

L’amour dure toujours

L’amour dure toujoursLa nuit avec ma femme, Samuel Benchetrit, aux éditions Plon (2016)

“Elle s’appellera Marie. Elle aura quarante et un ans. Sa peau sera blanche comme un linge propre. Ses cheveux noirs et détachés. A certains moments de la nuit, elle portera une fine couronne faite de feuilles d’été et de petites fleurs violettes et bleues. »

Le préambule, très poétique, laisse place au dialogue. Car c’est un dialogue que nous propose Samuel Benchetrit de sa belle et fine écriture. Conversation avec elle, Marie Trintignant. La morte de sa vie comme il crierait au monde l’amour de sa vie. D’une ligne imaginaire, il rassemble les mondes interrogeant vivants et morts : « Que fais-tu sans moi ? Tu te ballades? Fumes-tu une cigarette ? Mets un pull, tu pourrais prendre froid » lui dit-il d’un ton calme.

Calme et non serein : le pouls bat la vie reprise, les cicatrices tendent la peau et le cœur de cet homme, et de son jeune fils, tous deux pleins de l’odeur d’une femme et d’une mère. Samuel Benchetrit lèche ses plaies suintant l’intensité de cet amour. A deux rues, à deux pas, dans deux villes ou pays différents, séparés par la mort, l’amour ne s’éteint pas. L’amour est lorsqu’il bat au pouls que vous lui accordez. 

L’amour demeure, si vous le choisissez, au delà de la violence des événements et du deuil à faire. Non pas « pourquoi la vie sans toi ? » mais « comment la vie sans toi ? est développé dans ce court récit : « Les vivants font plus de signes aux morts que les morts n’en font aux vivants. On a des cloches et des fêtes. Vous ne faites rien pour nous. Enfin, je crois. » Un aparté poignant dans lequel un poète parle de renaître à la vie, cherche l’amour vivant à travers de nouvelles rencontres (dont il parle merveilleusement bien), un homme qui n’évite ni la colère, ni l’amertume. Samuel Benchetrit se bat – et peu importe le temps qu’il faudra (et pourquoi pas l’éternité ?). La vie sans elle, ce sont les habitudes, les gestes, les lieux et un enfant. Un enfant, comme une fleur fragile, qui s’éveille et pousse auprès de son père. S’occuper de cet enfant, l’épauler, lui donner tout l’amour possible, un investissement total pour s’attacher aux gestes simples qui consolent. Retrouver la joie pas-à-pas. « Recommencer par le tout juste devant. Le centimètre en face. Les mots faciles. Bonjour. Manger. Câlin. Boire. Dodo. Encore. Bonjour. Manger. Câlin. Boire. Dodo … Nous étions nouveaux-nés. »

Renaître au diapason de son fils et caler le métronome de son cœur brisé! Rien à ajouter que l’émotion sur cet ouvrage que je recommande vivement. Et l’envie de conclure avec quelques mots de Victor Hugo, issus des Contemplations (1856): « Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions, l’âme pleine de foi, le coeur plein de rayons, ivres de douce extase et de mélancolie, rompre les mille nœuds dont la ville nous lie ; si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou, nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où, chercher loin des vains bruits, loin des haines jalouses, un coin où nous aurions des arbres, des pelouses ; une maison petite avec des fleurs, un peu de solitude, un peu de silence, un ciel bleu,la chanson d’un oiseau qui sur le toit se pose, de l’ombre ; — et quel besoin avons-nous d’autre chose ? »

La nuit avec ma femme, Samuel Benchetrit, aux éditions Plon (2016) http://www.plon.fr

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