Douce réhabilitation

Douce réhabilitation

Une allure folled’Isabelle Spaak aux éditions des Equateurs (2016)

Pour entrer dans le dernier roman d’Isabelle Spaak, il peut être nécessaire d’avoir quelques brides de son histoire. Car Une allure folle est un nouveau pan autobiographique de l’auteure. Isabelle Spaak est une jeune femme de 20 ans, vivant dans le quartier bourgeois d’Ixelles, au sein de la banlieue de Bruxelles, quand un matin de juillet 1981, sa mère Annie abat d’un coup de fusil de chasse, Franck Spaak, son infidèle époux. Ainsi disparaît le ministre des affaires étrangères belges, suivi par sa femme, qui se suicide par électrocution. Elle laisse derrière elle un lourd héritage à ses six enfants et une longue lettre d’explications.

De ce tragique héritage, Isabelle Spaak tire en 2004, la matière de son 1er roman au titre ironique, Ca ne se fait pas. Elle y dissèque méticuleusement l’histoire de sa famille, menée entre le continent européen et les Etats-Unis, au gré des nominations de ce père, diplomate reconnu, au talon d’Achille si fragile au contact des femmes.

Dans Une allure folle, nous suivons Mathilde, la grand-mère d’Isabelle Spaak, éperdument amoureuse d’un riche courtier maritime italien, prénommé Armando, avec qui elle vit la Dolce Vita. Fruit de cet amour, Mathilde donnera naissance à Annie, enfant non reconnue par Armando déjà marié. Mathilde est belle, vive, extravagante, et nous suivons ses aventures de la Belgique, à la France en passant par l’Italie. Annie est de tous les voyages de cette mère fantasque, et tisse un lien indestructible avec sa mère.

Mon interrogation est double : ce roman est-il une consolation pour Isabelle Spaak ? – elle tisse finement à travers des mots choisis, un récit joyeux aux ombres folles, comme pour trouver du réconfort – ou une réhabilitation ? En effet, la mémoire de la famille Spaak est largement salit par son entourage et pointé du doigt par une certaine société qui impose ses codes. L’auteure écrit : « Depuis le 18 juillet 1981, Anny, Annie, Anne, Anne Marie, peu importe le prénom qu’on lui donne, est une personne dont on ne parle pas, dont on ne prononce plus le nom. Les uns par gêne, d’autres par pudeur, certains par colère. Un petit nombre par une inconsolable tristesse ». Isabelle Spaak est blessée en son for intérieur et jusqu’à quel point ? La souffrance de la journaliste est palpable dans l’écriture. Encore vulnérable, elle tisse point par point, un récit qui se pare de la beauté d’un vocabulaire choisi et de superbes portraits de femmes où la transmission, même tragique, se met en place jour après jour.

Elle fait de sa grand-mère Mathilde un personnage qui fascine mais qui a du mal à attirer le lecteur dans un tourbillon léger et joyeux. Les descriptions sont courtes, parfois incomplètes, le rythme a du mal à prendre. Mathilde se prend parfois les pieds dans une vie où l’on sent le déni et une forme de désespoir.

Isabelle Spaak raccommode sa mémoire et donne une consistance historique au récit que l’on ne peut pas ignorer. Entre recherche de comportements légers et futiles, et prise de courage, Une allure folle est toujours en déséquilibre. Un bel hommage de l’auteure à sa grand-mère, et à sa mère, la reconnaissance de la liberté qu’elles se sont accordées. Une forme d’éblouissement qui nourrit une si fine plume ! 

En lice pour le Grand Prix des Lectrices ELLE 2017.

Une allure folle, d’Isabelle Spaak aux éditions des Equateurs (2016)

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