Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon

Professeure américaine, Gene Neveva, invitée honoraire d’un établissement scolaire du Sud-Ouest de la France, est chargée d’apporter à un cabinet d’avocats, un éclairage neuf sur l’histoire vraie du kidnapping de Patricia Hearst.

L’arrière plan

1974. Patty Hearst, fille d’un magnat de la presse américaine, se retrouve aux mains d’un groupe révolutionnaire d’extrême gauche, exigeant une rançon contre sa libération. A défaut du paiement, après négociations, le groupe exige que les richissimes parents organisent une distribution de vivres pour les défavorisés des faubourgs de Los Angeles. Opération qui, mal organisée, s’avère totalement contre-productive et provoque la colère des kidnappeurs et de Patty Hearst elle-même. Un tournant dans cette histoire : plusieurs vidéos sont alors envoyées avec une complainte de Patricia: « Je ne crois pas du tout que tu fais, papa, tout ce qui est en ton pouvoir. Je crois que tu ne fais rien du tout. Tu dis que l’affaire n’est plus entre tes mains, mais ce que tu aurais mieux fait de dire, c’est que tu t’en laves les mains ». Patricia épouse alors la cause du groupe armé et s’aventure, aux grés de leurs exactions, sur les routes américaines jusqu’à leur arrestation.

L’instant de bascule

Tout l’ouvrage repose sur la lecture de Gene Neveva à un instant clé pour le procès : Patricia Hearst est-elle victime, touchée par le célèbre syndrome de Stockholm (provoquant l’attachement du sujet à son bourreau), ou concrètement ralliée aux thèses libérales de ses ravisseurs ? Et affirmer par là-même son rejet pour la classe sociale à laquelle appartient sa famille. Pour affiner son analyse, Gene Neveva s’adjoint les services d’une novice répondant au prénom de Violaine. Violaine découpe, synthétise, propose des interprétations au professeure, rarement satisfaite de son travail.

Le noeud gordien

En ce qui me concerne, il se situe dans l’angle choisi par l’auteure. En effet, Lola Lafon interpelle indirectement Gene Neveva en utilisant la 2nde personne du pluriel. Ce vouvoiement de politesse, très rarement utilisé en littérature, crée une forme de complicité entre le personnage et l’auteur, et, paradoxalement, m’a tenu à distance tout au long de ma lecture.

Apportant une forme d’originalité, cet artifice stylistique permet d’aborder l’histoire de Patty Hearst sous un nouveau prisme : l’interdépendance des trois personnages. Patty, soumise à ses ravisseurs, embrasse très rapidement leur cause tournant ainsi le dos à ses origines bourgeoises. Gene Neveva, elle-même entravée dans un système professoral où sa voix a parfois du mal à se faire entendre. Et Violaine, qui, victime de son inexpérience, aura du mal à se détacher de l’autorité que Gene Neveva exerce sur elle.

Cherchant les objectifs de Lola Lafon, au sein d’une narration complexe, je me pose encore la question des motivations réelles de Gene Neveva et Violaine quant au travail qui s’impose à elles. Et sur ce qui les relie réellement à l’histoire de Patty Hearst. Le violent rejet de Patty Hearst, face à une classe sociale élitiste, ne peut pas être mis au même plan que les combats menés par la professeure et sa stagiaire. S’il est un talent d’interpeler directement ses personnages, cette originalité aura trahi ma lecture m’empêchant d’adhérer au récit.

Mercy, Mary, Patty, aurait un mérite à gagner en simplicité et m’aura donné envie de me (re)plonger dans d’autres ouvrages de Lola Lafon – dont le formidable La Petite Communiste qui ne souriait jamais (multiprimé en 2014) – pour ne pas rester sur ma faim.

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon aux éditions Actes Sud (Août 2017)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.