Neverland, de Timothée de Fombelle

Neverland, de Timothée de Fombelle

Tomber en enfance avec Timothée de Fombelle, dans son nouveau roman, nommé Neverland. Un hommage non dissimulé à James Matthew Barrie, le père écossais de Peter-Pan, au destin tragique. Timothée de Fombelle est à l’origine d’ouvrages de littérature jeunesse comme Tobie Lolness, Vango ou dernièrement Georgia : tous mes rêves chantent, fabuleux conte musical que je vous recommande également.

Nous pourrons toujours distinguer les publics, et les genres littéraires, Timothée de Fombelle démontre, par la porosité de ces récits, que les cloisons sont souvent des excuses. Il met son foisonnement intérieur au profit de ses personnages : son imaginaire plein, le tourbillon des souvenirs et les milles et unes émotions de l’enfance. Il n’a rien oublié des premières fois et part en voyage sur les chemins boisés tapis de mousse.

Il démarre fort : « Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte (..) Je suis parti un matin d’hiver en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre à la lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté ».

Chaque chapitre égrène un instant de la quête de cette enfance, comme pour la faire vibrer dans un présent qui n’existe pas. Le but n’est pas tant de la retenir mais plutôt de sentir et de partager des émotions toujours intactes. Ces impressions tenaces qui donnent à penser au lecteur qu’elles ont façonnées l’homme qu’il est. Timothée de Fombelle use de magnifiques allégories comme proposition des infinies possibilités de cet âge. Il emprunte aux contes et légendes, une multitude de pirates et de fées, de Cow-Boys et de Peaux-Rouges. Tout y est !

L’amour des personnes qui l’entourent, et les habitudes nécessaires, se transforment en un royaume dense et joyeux. Encore habité, il est « l’enfant aux lèvres bleues qui se baigne depuis des heures. L’enfant endormi sur une valise. L’enfant qui s’habille tout seul dans la maison qui dort. L’enfant qui s’appuie sur le vent en écartant les bras. L’enfant perdu dans la rue. L’enfant qui mange. L’enfant clown ».


De mémorables passages quand tout d’un coup le monde adulte vient s’entrechoquer. Notamment au moment où le grand-père, dans un accès de pudeur, demande à l’auteur confus, d’écrire quelques lignes pour les 80 ans de son plus vieil ami. Timothée de Fombelle lustre les figures légendaires de l’inconscient collectif jusqu’à ce que son ombre se détache de lui-même. Car nul n’échappe au temps. Et la sortie de l’enfance est-elle vraiment un drame ?

Dans un essai intitulé Du conte de fées, publié en 1947, Tolkien écrit : « Les enfants sont faits pour grandir et non pour devenir des Peter Pan. Non pour perdre l’innocence et l’émerveillement, mais pour avancer dans le voyage fixé : ce voyage dans lequel il n’est certainement pas meilleur de progresser dans l’espérance que d’arriver au but, encore que nous devions voyager avec l’espoir pour arriver. Mais c’est une des leçons données par les contes de fées (…) qu’à la verte jeunesse, godiche et égoïste, le danger, le chagrin et l’ombre de la mort peuvent conférer la dignité, et même parfois la sagesse. »

C’est peut-être la proposition vers laquelle s’aventure Timothée de Fombelle qui invite au passage à célébrer l’enfance jubilatoire ! Une très belle proposition narrative.

Retrouvez l’authenticité de l’auteur dans une interview réalisée par la librairie Mollat :

Neverland, Timothée de Fombelle aux éditions l’Iconoclaste (2017)

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