Partir en voyage et se perdre

Partir en voyage et se perdre

Partir en voyage et se perdre, M Train, de Patti Smith, aux éditions Gallimard (2016)

Un exercice difficile cette fois-ci tant il est compliqué de toucher du doigt le style de Patti Smith. Patti Smith est une atmosphère à elle seule !

Nous sommes dans le milieu des années 60 lorsqu’elle débarque à New York sans un sou. Exerçant de multiples professions lui permettant de survivre, ce sont bel et bien les rencontres qu’elle fera, les hommes et femmes qu’elle croisera, son rapport à l’altérité, son accueil de la vie, qui façonneront le cuir de cette grande artiste. Car poétesse elle est en premier. C’est Robert Mapplethorpe qui l’encourage à écrire, à dessiner, à parler d’elle et à se rendre visible. Nous entrons dans les années 70 et Patti Smith se met à composer des chansons et, parfois, à mettre ses poèmes en musique. Elle écrit pour elle, et pour les autres, et se rêve quelques fois en actrice. Ce n’est qu’en 1975 qu’elle sort son 1er album Horses. Fortement influencée par le son punk émergeant d’Angleterre, sa carrière musicale connue certes des hauts et des bas, mais Patti Smith est encore aujourd’hui une légende pour toute une génération, des paroles et un son qui n’appartiennent qu’à elle et en qui les fans se reconnaissent immédiatement.

M. Train est le carnet intime et très personnel de Patti Smith qui nous entraine en 18 chapitres sur les routes sinueuses de sa vie passant par les lieux où l’artiste rencontre la magie. Le voyage débute dans le petit bar de Greenwich Village qu’elle fréquente tous les matins. Puis progresse au fil des références, des inspirations, de l’amour aussi ! Car nombre de ses œuvres sont le fruit de ses passions amoureuses et le lecteur sent, à la progression du récit, la présence de ces fantômes à la fois forts et bienveillants. Le passé convoque le présent, les morts appellent à la vie, les objets font écho aux vivants : une tasse de café, la chaise de son père qu’elle détaille mais sur laquelle elle refuse de s’asseoir, un manteau noir offert par un ami cher et qui disparaît, etc. Prendre un café à New York, un café à Berlin, un non café au Japon, ne sont pas des prétextes mais un ensemble d’évènements dans des lieux qui interpellent son imagination et la rendent chaque jour plus féconde. Ouverte aux autres, Patti Smith nourrit son engagement de rencontres fortuites et fait sienne leur apprentissage : « Il était bel homme, un peu à la Mishima jeune, laissant présager une certaine bienséance, des infidélités discrètes et une dévotion morale. J’ai regardé les passants. Le temps aussi passait. J’avais envisagé de prendre un train pour Kyoto et d’y rester la journée, mais j’ai préféré boire du café face à cet inconnu silencieux. »

M. Train est une réflexion sur le temps qui passe, les êtres qui disparaissent et laissent tellement sur leur passage, l’espoir, la lumière etc. La mélancolie aussi. Ce court récit est inclassable : si vous aimez vagabonder, laissez partir votre esprit au grés du temps de la journée, alors ouvrez M. Train !

M Train, de Patti Smith, aux éditions Gallimard (2016) http://www.gallimard.fr/

#horsseriegallimard #lecture #gallimard

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.