Le petit prince Mathias Malzieu

Le petit prince Mathias Malzieu

Le petit prince Mathias MalzieuJournal d’un Vampire en Pyjama, aux Editions Albin Michel (2016).

Partir à la découverte du monde si dense et plein de Mathias Malzieu ! Le grand frère naturel d’Alice au pays des merveilles et d’Edward aux mains d’argent, parti à la rencontre de personnages tous plus hétéroclites les uns que les autres, au détour d’une aventure qui faillit lui coûter la vie. « Aplasie médullaire », le sombre diagnostic tombe dès les premières pages. L’aplasie médullaire est la disparition progressive des cellules produites par la moelle osseuse, une sorte de tarissement biologique d’origine inconnue, et qui entraîne un état de fatigue latent jusqu’à l’hospitalisation.

Un diagnostic rugueux car les traitements hospitaliers sont lourds à supporter, et s’étirent dans la durée, pour potentiellement se terminer par une greffe de cellules souches. Tout cela serait difficile à comprendre si la formidable palabre de Mathias Malzieu n’entrait pas en jeu. Personnellement habituée au discours hospitalier, je n’ai jamais entendu ou lu une personne, théoriquement éloignée du monde médicale, traduire aussi substantiellement l’environnement dans lequel il est amené à se défendre pour sa survie. Car Mathias Malzieu décide dès les premières secondes de s’accrocher, de prendre à bras le corps et le cœur ce qu’il lui reste d’énergie et de se battre férocement. Accompagné d’alliés tels que les nymphirmières, sa compagne Rosy, ou de détracteurs fantasmés tels Dame-Oclès pointant régulièrement son épée au-dessus de sa tête, Mathias surfe sur le temps qui passe et les traitements toujours plus lourds à l’aide de son fidèle destrier de skateboard.

Et c’est l’enfance qui est convoquée chez Mathias Malzieu : il n’a rien oublié ! Il caresse son enfant intérieur et avance dans la vie en mettant en couleur toute la magie qu’il a en tête.

Musicien, chanteur, écrivain, amoureux, il embrasse les carrières artistiques au gré de ses émotions et de son inépuisable désir. Dans le récit, rien ne l’arrête : il voudrait présenter son film, mais il doit entrer sous bulle stérile pour démarrer son traitement. Commence une inépuisable négociation entre Mathias et ses médecins, la raison et la douce folie, l’envie de vivre et les déceptions qui s’accumulent. Une navette spatiale l’attend pour son traitement : un nouvel essai qui permettra peut-être de trouver la voie de la guérison. Dans la bulle stérile, qui l’isole du monde extérieur, il retrouve la joie des choses simples de la vie, un baiser sur un mouchoir laissé par une infirmière pour le consoler, les bras grands ouverts de sa fiancée, la musique de Leonard Cohen, un sourire, un appel, etc.

Il nous parle d’un monde qui n’existe pas et qui devient pourtant si réel. La confrontation du réel, la lutte, le dégoût jamais, la plainte jamais, la peur parfois. Il est le Vampire en pyjama qui se nourrit du sang des autres pour vivre. « Dionysos : qui est né deux fois. D’abord du ventre de Sémélé, puis de la cuisse de Jupiter qui le sauve du ventre de sa mère morte pendant la grossesse en s’entaillant la cuisse pour y coudre l’enfant qui y terminera sa gestation. Moi aussi je suis né deux fois. D’abord du ventre de ma mère, puis des cellules d’une bio-mère manipulées par un hémato-poète. »

« On s’habitue vite aux choses du tendre » Monsieur Malzieu ! Moi je reste bouche-bée car je me demande tous les jours comment allier poésie et médical. Chaque expression, chaque terme subissent une métamorphose insensée à votre contact comme si vous parliez une langue à la fois inconnue et totalement audible. « Vous vous voyiez renaitre, libre de tout recommencer » pour notre plus grand plaisir ! Continuez à enchanter le monde, à lancer des graines fantasmagoriques qui enfantent de réel, à chanter votre reconnaissance, à danser votre humanité, vibrez pour ceux qui vous entourent de près et de loin, comme le Petit Prince de chair et d’os que vous êtes.

Pour l’émerveillement toujours et encore, Journal d’un Vampire en Pyjama, de Mathias Malzieu, aux Editions Albin Michel (2016).

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.