Là où se termine l’histoire, d’Alessandro Piperno

Là où se termine l’histoire, d’Alessandro Piperno

La famille, source de tous les conflits, est un sujet récurrent en littérature et Là où l’histoire se termine n’échappe pas à la règle ! Chez les Zevi, au cœur de Rome, la paix est de nouveau menacée par le retour de Matteo, le patriarche, incorrigible coureur. Matteo rentre de Californie et retrouve femmes et enfants délaissés seize ans auparavant. Chaque personnage va alors devoir composer avec cet évènement et repenser sa relation avec Matteo.

REVIVISCENCE

Matteo qui arrive à l’aéroport de Rome où, après une demi-douzaine de coups de fil, personne ne l’attend. « Et dire que ça ne lui avait jamais déplu d’être Matteo Zevi. Aucune des nombreuses erreurs accumulées en un demi-siècle et plus ne l’avait conduit à s’évaluer avec autant de sévérité que les autres. Le problème n‘avait-il pas toujours été les autres ? ». Cette dernière phrase pose la problématique dès les premières pages. Matteo se retrouve face au désastre familial qu’il a crée, dans un présent avec lequel il a du mal à cohabiter, face aux rancœurs et critiques que ses proches ont accumulées.

LA COMMEDIA

Federica, une de ses ex-femmes, lasse de sa vie de cinquantenaire célibataire, envisage étonnamment le retour de son amant comme un signe positif de la vie. A l’inverse, l’un des enfants de Matteo, Giorgio Zevi, rejette l’idée que son père puisse de nouveau prendre une place dans sa vie, offrant ainsi au livre un de ses beaux passages : « Papa – aurait-il voulu lui dire – tu détruis tout ce que tu touches. Tu agis comme si tes actes n’avaient pas de conséquences. Tu es imprévisible. Tu prends, tu prends, et en échange tu ne donnes que de la jovialité. Tu déçois les gens. Regarde ce que tu as fait avec maman, avec Federica, avec les autres femmes. Tu es entré dans leur vie en promettant de la rendre plus belle, tu n’as su que la mettre en pièce. Par indolence, par légèreté, parce que personne ne t’a appris le sacrifice ». Martina, fille de Matteo, est elle-même en prise aux tourments de son époux, et attirée par un nouvel amant peu attentionné. Des personnages haut en couleurs, des histoires plus ou moins tourmentées, dans Là où l’histoire se termine, je retrouve tous les ingrédients de la commedia dell’arte : des protagonistes masqués improvisent des scènes, comme des spectacles, marquées par la crédulité, la ruse, et parfois, pour les plus malins d’entre eux, leur ingéniosité.

L’ATTACHE

Beaucoup d’humour dans les mascarades, de nombreux non-dits dévoilés, des gens blessés, des femmes soumises, et un père que le lecteur voudrait détester et qui pourtant apparaît comme l’unique lien entre tous. Matteo, l’homme que l’on aimerait détester ? Oui, mais aussi l’homme qui permet de créer une histoire familiale et de l’incarner. L’homme sur lequel les principales projections se promènent et qui permet, à chaque personnage, de positionner ses propres désirs.

L’étonnante fin nous ramène à une actualité plus sombre. Traitée de manière expéditive, je n’ai pas vu ce qu’elle apportait de plus au-delà de la rupture de ton. Là où l’histoire se termine, méritait pour moi un dénouement différent. Un charmant roman, traduit de l’Italien, et brillamment porté par un auteur connu pour sa critique et son attachement à la haute bourgeoisie juive romaine.

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Là où l’histoire se termine, d’Alessandro Piperno aux éditions Liana Levi (2017)

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