Le lourd héritage de Werner

Le lourd héritage de Werner

Le lourd héritage de Werner, le dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, chez Grasset (2016).

Le dernier des nôtres nous propose une fresque romanesque qui n’est actuellement plus tellement à la mode et pourtant réjouissante. Deux temps, deux époques : Dresde, Allemagne (région de Saxe) au temps de la Guerre froide. La ville est détruite par les bombardements et le très jeune Werner est confié à Marthe, dès le décès de sa mère Louisa. Cette dernière laisse une mystérieuse consigne en héritage « Ne changez pas son nom, il est le dernier des nôtres ». Manhattan, années 70, Werner Zilch est devenu un jeune homme ambitieux, élevé par une famille de la classe américaine moyenne. Il se répand en bavardage et en séduction, et cherche le succès facile auprès de son ami Marcus. Il rencontre l’artiste Rebecca Lynch, riche et belle héritière, parfaitement éduquée à ses yeux, et dont il s’éprend passionnément. Pour ce couple, un avenir prometteur semble tendre ses bras jusqu’à la présentation de Werner à ses beaux-parents. Un drame ! La mère de Rebecca s’évanouit, terrassée en un fragment de seconde par les monstrueuses images du passé portées par Werner, alors inconscient de la tournure que vient de prendre son histoire.

Sur cette base se tisse alors un récit familial : une histoire bien traitée dont le dilemme moral apparaît très tôt. Les secrets de famille ont la dent dure : fratrie agressive, vengeance, culpabilité, déchirement, etc. et Werner Zilch cherche les origines de son identité: « Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j’étais résolu à le forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d’où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m’obligeait à me plier (…) J’étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L’envie de prouver qui j’étais, l’envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et , s’il le fallait, la crainte, me brûlait. » Mais qui est le dernier des nôtres?

Rien ne sera épargné aux protagonistes. La première partie, historique, est la plus captivante. Elle décrit une période très sombre de notre histoire pour laquelle nous pensons souvent avoir tout appris et qui pourtant recèle encore des détails noirs et inhumains. La seconde partie de l’ouvrage est portée par l’histoire d’amour trop tiède, au vocabulaire maladroit, pour laquelle j’aurai souhaité que l’auteure s’engage plus.

Peut-on échapper à son destin ? est une question existentielle qui torture les hommes depuis toujours. Un héritage, puissant dans ce récit, auquel Werner se soustraira ? Est-il préférable d’accepter, et d’accepter rapidement, puis laisser la magie de la rencontre, de l’altérité et de la transformation de soi, opérée ? et laisser espérer le plus heureux des dénouements ? « Il est facile de trouver la solution quand les années ont passé, mais c’est dans le brouillard du présent que les décisions se prennent. » Fan de grandes fresques historiques et familiales, vous serez enchanté par Le dernier des nôtres. Pour plus de caractère et de tension, passez votre tour.

Le dernier des nôtres, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, chez Grasset (2016).

www.grasset.com

 

 

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