Ceux qui restent, de Marie Laberge

Ceux qui restent, de Marie Laberge

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L’auteure

Marie Laberge est une auteure canadienne à succès, qui connait plusieurs vies artistiques. Née en 1950, elle étudie le journalisme et s’épanouit rapidement dans le théâtre, l’art dramatique, l’écriture de romans, d’essais, et de chansons. Une artiste qui laisse parler toutes ses voix.

L’accent 

Et de voix il est question, dans ce roman choral, qui permet d’offrir aux lecteurs différents points de vue à travers quatre protagonistes. Ceux qui restent peut au départ freiner : partie d’une idée tragique, le suicide du jeune trentenaire Sylvain Coté, Marie Laberge utilise la langue québécoise, aussi rieuse qu’insoluble, pour écrire ses 570 pages. Les idées se mettant en place dans les cent premières, j’ai été agréablement surprise par la suite.

L’auteure use de stratagèmes, propres à sa créativité, pour nous décrire les méandres psychologiques des intimes qui accompagnent Sylvain longtemps après sa mort. Un rythme haletant se met en place et les personnages, que la douleur pourrait séparer, affirment leur singularité et nouent des liens inattendus qui finiront par leur apporter une forme d’apaisement.

Charlène, la maîtresse de Sylvain, ouvre le bal. Elle est la dernière à l’avoir vu. Elle se remémore les bons et mauvais moments de leur histoire. Quarantenaire, elle fait la rencontre du père de son amant, Vincent Coté, au sein du bar où elle travaille. Elle se laisse happer par la mélancolie de cet homme au bord du naufrage. Ce père éprouve la relation qu’il a nouée avec ce fils préférant la mort à l’amour de sa famille.

La phrase

« Quand ton propre enfant se tue avant d’avoir trente ans, disons que tu n’as plus beaucoup d’assurance pour dicter une conduite parentale à qui que ce soit ». Direct, il laisse les interrogations existentielles remonter à la surface. Muguette, la mère de Sylvain, ne se remettra jamais. Son histoire, avec cet enfant, est elle-même émaillée de doutes. Enfin, Mélanie, la compagne de Sylvain, reportera une grande partie de son amertume sur leur propre enfant l’enfermant ainsi dans une relation toxique.

Marie Laberge nous offre de très beaux portraits, peints de son écriture fine, et à la bienveillance grandissante. Ils oscillent entre passé, présent et futur, et s’offrent de probables lendemains malgré le tragique. Le récit est rythmé par les interventions courtes et régulières de chaque protagoniste. Aucune raison de perdre le fil : Charlène, Muguette, Mélanie, Vincent, et Sylvain, se croisent, s’attirent, se jaugent et se respirent.

Marie Laberge conclut sur un final émouvant, à travers Vincent, le père. Philosophe, il ouvre le champs des possibles, laissant à Sylvain la pleine liberté de son geste « Le suicide de mon fils n’est pas un message. C’est son geste. Sa décision ». Un roman très réussi aux accents singuliers et chantants.

Ceux qui restent, Marie Laberge aux éditions Stock (2016)

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